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Les Femmes savantes

de Molière

Création 2008

 
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La chorégraphie des femmes savantes Gazette de Maisons-Laffitte
22 mai 2009

Les dix comédiens de La Trappe, ayant chacun un vrai rôle à défendre, nous ont permis d’approcher de très près un concept à tort démodé, la Beauté.

Deux heures durant, la musicalité des alexandrins a caressé notre oreille, tel le ressac de la mer. Soutenus par la diction remarquable de l’ensemble des acteurs, accompagnés par le mouvement des suites pour violoncelle de Benjamin Britten, les vers nous ont entraînés dans une danse.

La mise en scène de Christophe Lesage signe une véritable chorégraphie : les personnages entrent et sortent comme dans un ballet, en solo, en duo, en trio… puis ils montent sur l’estrade dans l’univers du raisonnement et de la poésie, celui des femmes savantes, et ils en descendent pour se placer dans le monde des nourritures plus terrestres, ou bien c’est Armande qui s’isole dans sa chambre à l’avant-plan de la scène, ouvrant, fermant les stores dans un jeu de présence-absence.

A ces savants chassés-croisés des corps correspondent ceux, complexes, des sentiments : jalousie et sollicitude, mépris et attirance, dédain et amour, faiblesse et autoritarisme.

Nous ne sommes ni au XVIIe siècle ni dans notre époque contemporaine. Le décor est à la fois dépouillé et très construit, les costumes sont coupés dans des matières naturelles, lin ou soie sauvage, ils se déclinent dans des camaïeux de gris, de beiges et de parmes. Entre classicisme et modernité, le décor et les costumes se risquent à l’intemporalité, pour notre plus grand bonheur.

Un Molière comme on en voit peu ! On effleure la beauté. La perfection n’est pas loin.

Remarquable !!

Annick Chantrel Leluc

 

L'eau à la bouche : les femmes savantes Gazette de Maisons-Laffitte
21 mai 2009

Article issu de l'interview de Christophe Lesage dans l'optique de présenter le spectacle dans le cadre du festival de Maisons-Laffitte.


Pour la seconde fois, depuis sa création en 1991, la Cie "La Trappe", présente une pièce de Molière. Les comédiens de la troupe et Christophe Lesage avaient envie de travailler un beau texte, d'une écriture remarquable et de préférence, écrit en vers. Avec Les femmes savantes, de Molière, tous ces critères sont réunis et les voilà qu'ils se lancent dans l'apprentissage de plus de 1700 vers !

Mais comme la troupe fonctionne davantage par projet que par année ou par pièce, ils y mettent le temps nécessaire et font un travail approfondi. C'est un« luxe » qu'ils se permettent et dont ils savent reconnaître la valeur. Cela permet de prendre le temps de faire d'abord une bonne distribution des rôles et s'il le faut, de recruter des nouveaux comédiens, d'obtenir l'adhésion de chacun et chacune face à la pièce choisie pour ensuite démarrer le travail sur des bases solides.

Pour Christophe Lesage, il était impératif que le texte de Molière soit mis de l'avant (car, et il faut se mettre au service du texte et de l'auteur) mais il fallait aussi, puisqu'il s'agit d'un texte très littéraire, « casser la musicalité » des alexandrins, pour rendre les dialogues plus accessibles et faire ressortir la modernité, l'intemporalité de la pièce. Il fallait donc diriger le jeu des comédiens en ce sens.

Le théâtre de Molière est aux yeux de Christophe Lesage un vrai théâtre de caractères avec de vraies répliques, de vrais personnages qu'il faut interpréter avec beaucoup, beaucoup de sincérité.
Armande, par exemple, doit nous faire comprendre certains des messages les plus importants de cette pièce : la difficulté de communiquer les uns avec les autres, d'arriver à se comprendre et les conséquences inévitables de ces échecs répétés. Le sous-texte est dense pour ce personnage et certains autres et on doit nous le faire voir et sentir.

La Cie La Trappe nous invite au théâtre. Ne faisons pas la sourde oreille car,
comme le dit Molière : « Quand on sait entendre, on parle toujours bien »...
et ça peut toujours servir !

Claude Muslin

 

Les Femmes savantes à Chilly-Mazarin Blog Ecrire ici aussi
26 mars 2010

Article issu du Blog de Marc Verhaverbeke suite à la représentation des Femmes savantes à Chilly-Mazarin le 21 mars 2010..


Le piège du théâtre classique, c’est d’en faire l’expérience à l’école, d’avoir à répondre sérieusement et avec ennui aux questions sur le ressort comique de telle situation, de telle réplique. Et on ne rit plus devant une pièce de Molière, chargée de surinterprétations approximatives… et pédantes.

Tel n’est pas le cas de cette mise en scène des Femmes savantes par Christophe Lesage avec la Compagnie La Trappe. Un décor sobre, sur deux niveaux (peut-être pour symboliser les choses de l’esprit et celles du corps), un espace, à cour, pour les parents (bureau de Madame, en haut ; table où poser quelques verres et le vin pour Monsieur, en bas) et un autre espace, à jardin, pour Armande, la fille aînée, espace où elle peut se réfugier derrière des stores vénitiens en bois clair, et, de part et d’autre du plateau, des bibliothèques noires.

Et le spectacle commence par la dernière réplique, qui s’impose comme une évidence alors que rien n’est moins évident dans la progression de la pièce. C’est insister sur les relations homme – femme, et se moquer d’entrée de jeu des prétentions de l’un à être le maître, de l’autre à gouverner les esprits comme les gens.

Et, très vite, on rit. On rit d’Armande, jalouse de sa sœur, on rit de Bélise, la tante d’Armande et d’Henriette, qui se croit courtisée par tous les hommes, on rit de Chrysale tellement faible dès qu’apparaît sa femme, on rit de Trissotin et de Vadius, deux pédants qui sont ici moins ridicules que manipulateurs. On rit avec Henriette, la fille cadette, dont les répliques sont frappées au coin du bon sens.

Mais on ne fait pas que rire. On entend le vers de Molière, tourné avec talent et troussé habilement, railler l’imbécile, quand bien même il aurait une once de pouvoir sur ses proches, et appuyer le simple, si son jugement est droit. Et la critique, dans cette pièce, attaque moins les femmes que la pseudo – philosophie dispensée par deux sots courtisans. On apprécie aussi beaucoup les costumes, les coiffures, et la diction, par quoi les comédiens soulignent l’actualité du texte qu’ils jouent.

La Compagnie La Trappe (metteur en scène, costumes, acteurs) fait un travail remarquable, qu’il s’agisse de Molière aujourd’hui (comme il y a quelques années quand elle présentait un fameux Georges Dandin), ou d’auteurs contemporains (je me souviens de la mise en scène intelligente et limpide de L’émission de télévision, de Michel Vinaver).

Ici encore, elle nous rappelle que le théâtre, c’est un texte porté par des voix, des corps, et des images produites dans le cadre d’une scène. Ainsi, après nous avoir fait rire et réfléchir en riant des travers de l’être humain, Christophe Lesage termine le spectacle sur l’image d’Armande, digne, mais sacrifiée, pleurant discrètement devant ses stores, alors que toute la maison se réjouit de ce qui peut paraître une heureuse fin.

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Marc Verhaverbeke

 

 
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